MANGER SAUNEAUX

Proposer des options d'approvisionnement alimentaire abordables dans et aux abords des stations de transport en commun

Par Leandro G. Santos

31 mars 2026

Le développement de nouvelles communautés axées sur les transports en commun représente une opportunité unique de garantir un accès fiable à une alimentation saine et abordable pour ceux qui dépendent le plus des transports en commun.

POINTS CLÉS

Le secteur de la grande distribution alimentaire au Canada manque d'une concurrence saine

et les prix des produits alimentaires ne baisseront pas sans une intervention.

Magasins d'alimentation publics et coopératives alimentaires

constituent des modèles viables et à but non lucratif permettant de rendre les produits alimentaires plus abordables.

L'accès à l'alimentation est un pilier essentiel de communautés épanouies

et doivent être intégrés dans la planification et le développement des zones autour des stations de transport en commun.

L'oligopole de l'alimentation au Canada

La flambée des prix des produits alimentaires

Le secteur alimentaire canadien souffre d'un manque de concurrence saine. Les prix des produits alimentaires ont augmenté de plus de 30 % depuis fin 2019, et l'accessibilité financière de l'alimentation devient la principale préoccupation financière de nombreux Canadiens. Cette tendance témoigne d'une défaillance du marché.

En 2022, les géants canadiens de la grande distribution alimentaire — Loblaws, Sobeys et Metro — ont déclaré plus de 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires et réalisé plus de 3,6 milliards de dollars de bénéfices. Ces trois géants entravent activement la concurrence et ont toute latitude pour maximiser leurs profits aux dépens des Canadiens.

Si l'on ajoute Walmart et Costco, ces cinq entreprises forment un oligopole qui contrôle plus de 80 % du marché de l'alimentation.

Le Bureau de la concurrence du Canada estime qu'une concurrence accrue est essentielle pour faire baisser les prix des produits alimentaires, mais prévient que les épiciers indépendants ne pourront pas se développer sans le soutien du gouvernement.

Le Bureau a constaté que les épiciers indépendants se heurtent à des obstacles importants qui freinent leur expansion :

  • Fusions et capital : les géants d'aujourd'hui sont le fruit de multiples fusions et utilisent leur capital combiné pour absorber leurs concurrents plus modestes.
  • Commerce de gros et chaîne d'approvisionnement : de nombreux commerçants indépendants ne sont pas assez importants pour disposer de leur propre entrepôt ou s'approvisionner directement auprès des fournisseurs. Les géants tirent parti de leurs activités de commerce de gros bien établies pour devancer les indépendants sur le plan des prix.
  • Contrôles immobiliers : les géants du secteur ont recours à ces contrôles immobiliers pour rendre difficile, voire impossible, l'ouverture de nouveaux magasins d'alimentation à proximité par leurs concurrents.

L'accès à l'alimentation est réparti de manière inégale sur nos réseaux de transport

Il existe deux alternatives viables à but non lucratif aux géants de la grande distribution alimentaire, qui visent toutes deux à proposer des prix bas aux consommateurs.

L'option publique

Partout au Canada, on propose la création de magasins d'alimentation à bas prix gérés par les pouvoirs publics afin de renforcer la concurrence et de faire baisser les prix. La ville de Toronto vient d'approuver un projet pilote visant à ouvrir quatre magasins d'alimentation municipaux, en donnant la priorité aux quartiers où le revenu moyen des ménages est faible et où l'accès aux supermarchés traditionnels est limité.

Selon les experts du secteur de la grande distribution, il existe déjà des enseignes alimentaires publiques qui prospèrent — qu'il s'agisse de supermarchés urbains ou de magasins ruraux au Mexique, ou encore de cantines dans les bases militaires américaines — et qui proposent des produits à des prix plus bas que ceux des grandes chaînes de distribution.

Le secret de la réussite réside dans leur déploiement à grande échelle. D'après les premières estimations, l'investissement fédéral s'avérerait largement rentable.

Imaginez si une partie de ces 40 magasins d'alimentation en milieu urbain était implantée de manière à tirer davantage parti des investissements stratégiques de la province et des municipalités dans les transports en commun.

L'option coopérative

Les magasins d'alimentation coopératifs, appelés « coopératives alimentaires », ne sont pas une nouveauté au Canada. Beaucoup ont vu le jour pendant le mouvement de la « nouvelle économie » ( ), à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Bien qu'elles se présentent sous de nombreuses formes, les coopératives sont définies par John Steinman comme des entreprises ou des organisations fondées et détenues par les personnes qui bénéficient directement de leurs produits ou services. Les coopératives ne pratiquent pas de prix abusifs envers leurs clients, car elles sont gérées par ces derniers.

Les coopératives alimentaires ont été créées pour répondre aux besoins des communautés en matière d'accès à une alimentation saine et abordable, tant en milieu urbain que rural, là où cela est devenu un véritable défi. Elles voient souvent le jour pour combler les lacunes en matière d'accès à l'alimentation, que ce soit dans les quartiers urbains où les options locales sont trop chères ou dans les communes rurales où le dernier supermarché géré par une grande enseigne a fermé ses portes.

Les coopératives alimentaires ont pour objectif de réduire le coût des produits alimentaires et de faire profiter leurs membres de ces économies.

Imaginez que les pôles de transport soient équipés de magasins d'alimentation gérés et tenus par des membres de la communauté, qui contribueraient ainsi à subvenir aux besoins alimentaires de chacun et à tisser des liens entre voisins.

Les épiceries font partie des infrastructures publiques

Alors que tous les niveaux de gouvernement s'efforcent de tirer le meilleur parti des investissements dans les transports en commun, la création de quartiers urbains dynamiques à usage mixte autour des stations de métro et des gares ferroviaires nécessite de prendre délibérément en compte l'accès des habitants à l'alimentation. Tout comme les initiatives en matière de logement abordable visent à garantir la sécurité du logement, des options d'approvisionnement alimentaire abordables contribueraient de la même manière à la sécurité alimentaire.

L'option publique et l'option coopérative constituent deux approches visant à renforcer la concurrence dans le secteur de l'alimentation. Bien qu'elles constituent des approches différentes pour résoudre un même problème – la flambée des prix des produits alimentaires –, elles ont toutes deux pour objectif d'apporter des avantages financiers aux Canadiens et peuvent être combinées pour le plus grand bénéfice de millions d'habitants des quartiers desservis par les transports en commun.

L'approvisionnement alimentaire ne devrait pas être laissé uniquement aux mains des forces du marché, qui visent à maximiser les profits.

Développer un réseau national de magasins d'alimentation locaux à prix abordables

Le secteur alimentaire canadien a besoin de concurrence pour faire baisser les prix, et les quartiers en pleine mutation suite à des investissements dans les transports en commun nécessitent des mesures ciblées pour garantir l'accès à des produits alimentaires sains et abordables.

Le développement des quartiers desservis par les transports en commun devrait profiter aux communautés qui y vivront. Le type de magasins d'alimentation que nous encourageons et soutenons devrait répondre aux besoins non satisfaits par l'oligopole du secteur alimentaire.

Lorsqu’on leur en donne les moyens, les communautés s’organisent de manière autonome et mettent en œuvre des initiatives visant à améliorer leur qualité de vie. Le rôle des pouvoirs publics devrait être de renforcer la capacité des communautés à subvenir à leurs propres besoins en réduisant les obstacles financiers, politiques et réglementaires. Qu’il s’agisse de soutenir les épiceries publiques, les coopératives alimentaires ou les épiceries indépendantes, chaque niveau de gouvernement dispose de leviers d’action.

Gouvernement fédéral

Tenez les rênes du budget

Conclure des accords intergouvernementaux et allouer des fonds pour développer les infrastructures alimentaires nécessaires à la construction de la nation.

La mise en place de l'infrastructure de distribution et des sites destinés aux épiceries publiques nécessiterait un investissement initial de 350 millions de dollars. Il s'agit là d'un coût modeste compte tenu de l'intention du gouvernement fédéral de lancer le « Build Communities Strong Fund », un programme de 51 milliards de dollars s'étalant sur dix ans.

Ces centres de distribution — qui constituent des projets clés pour le développement économique régional — pourraient être mis à profit par des réseaux de magasins d'alimentation publics, de coopératives alimentaires, de petits commerces et de commerçants indépendants, répartis dans les quartiers desservis par les transports en commun ainsi que dans des zones urbaines et rurales plus étendues, afin de regrouper leur pouvoir d'achat pour les achats en gros, de disposer d'espaces de stockage et de rivaliser avec les géants de la grande distribution sur les prix auprès des fournisseurs. Les économies réalisées seront répercutées sur les consommateurs.

Les économies d'échelle et une demande constante, associées à une politique d'achat de produits canadiens, constitueraient une véritable aubaine pour les entreprises canadiennes des principaux secteurs alimentaires, tant au niveau local que national.

Le gouvernement fédéral a déjà démontré sa capacité à gérer rapidement des accords intergouvernementaux et des transferts budgétaires, comme les accords relatifs au Programme national d'alimentation scolaire conclus avec l'ensemble des provinces et des territoires.

Gouvernements provinciaux

Favoriser la concurrence locale dans le secteur de l'alimentation

Supprimer les restrictions immobilières applicables aux magasins d'alimentation.

Les restrictions foncières — clauses restrictives ou clauses d'exclusivité — sont des accords conclus entre les propriétaires fonciers et les commerçants, dans le cadre de baux ou de titres de propriété, visant à limiter la capacité des concurrents à exercer leur activité ou à vendre des produits spécifiques sur des terrains identiques, adjacents ou situés à proximité.

Cela constitue un obstacle majeur à l'ouverture de nouveaux magasins d'alimentation par des concurrents qui ne font pas partie des grandes chaînes.

Faisant figure de pionnier dans la suppression des restrictions immobilières au Canada, le gouvernement du Manitoba a récemment adopté, en juin 2025, la loi intitulée « Loi sur les restrictions immobilières applicables aux épiceries et aux supermarchés ». En décembre 2025, 23 restrictions immobilières avaient été proposées pour suppression.

Sociétés de transport

Tirer parti des opportunités propres à chaque site

Recourir à des projets de développement conjoints sur les terrains appartenant aux organismes de transport.

Selon CATCH, le développement conjoint est une politique et une stratégie immobilière dans le cadre de laquelle les organismes de transport public s'associent à des promoteurs immobiliers publics, privés ou à but non lucratif pour construire des logements et des projets à usage mixte sur des terrains qu'ils possèdent ou contrôlent. Cela peut concerner des gares, des dépôts, des parkings et des droits de surélévation.

Les organismes de transport peuvent mettre à disposition des terrains sous-utilisés à un prix inférieur à celui du marché et exiger, dans le cadre de la convention d'aménagement, que le projet génère des retombées d'intérêt public. Outre les priorités en matière de logements abordables, ces retombées d'intérêt public peuvent inclure des espaces destinés à des services d'accompagnement et des équipements essentiels, tels que des coopératives alimentaires ou des épiceries publiques.

Communes

Favoriser l'implantation de magasins d'alimentation abordables dans les quartiers prioritaires et aux abords des stations de transport en commun

Pour les magasins d'alimentation publics, privilégier leur implantation initiale dans les quartiers qui en ont le plus besoin.

Si la mise en place progressive d'alternatives abordables en matière d'approvisionnement alimentaire profitera à l'ensemble des communautés, les municipalités qui se lancent dans des projets pilotes de magasins d'alimentation publics doivent donner la priorité aux zones où l'accès à l'alimentation est le plus difficile. Ces quartiers se caractérisent par des revenus des ménages inférieurs à la moyenne et comptent probablement une proportion plus élevée de populations racialisées. Ce sont également ces mêmes groupes qui sont susceptibles de dépendre des transports en commun et qui tireraient le plus grand bénéfice des investissements dans ce domaine.

Réduire les obstacles financiers pour les épiceries publiques et les coopératives alimentaires.

Cela peut inclure des exonérations de la taxe foncière, des frais d'aménagement et des droits de permis afin de réduire les coûts de développement et d'exploitation.

Mettre en œuvre des plans d'amélioration communautaire afin d'apporter un soutien financier direct aux coopératives alimentaires éligibles

Les plans d'amélioration communautaire constituent un outil d'aménagement utilisé par les municipalités pour offrir des aides financières directes aux entreprises, telles que des subventions de pré-développement et de développement. Ces subventions peuvent servir à financer des études de faisabilité et de marché, ainsi que des travaux de construction et de rénovation. Le périmètre des zones couvertes par les plans d'amélioration communautaire peut être défini de manière à inclure les zones de chevauchement entre les environs des stations de transport en commun et les quartiers mal desservis.

Faciliter la création de magasins d'alimentation publics et de coopératives alimentaires ne revient pas à remplacer les chaînes de supermarchés.

Il s'agit d'offrir davantage de choix aux Canadiens, de remédier aux défaillances du marché, de faire baisser les prix des produits alimentaires et de permettre à nos communautés de se rapprocher de la garantie de leur droit à l'alimentation.