Communautés complètes et accessibilité piétonne

Une facette méconnue du développement axé sur les transports en commun

Une communauté complète est un lieu qui offre les biens et services dont les gens ont besoin dans leur vie quotidienne. Elle se caractérise généralement par la proximité des commodités par rapport au lieu de résidence des habitants. Le regroupement des commodités autour d’un pôle central — tel qu’une station de transport en commun ou une rue principale — apporte plus de commodité et d’efficacité, et favorise des densités de logement plus élevées. Un principe central de ce modèle est que les gens puissent accéder aux produits de première nécessité à pied plutôt qu’en voiture. Cela, à son tour, apporte des bienfaits pour la santé des individus et renforce la vitalité et la durabilité des quartiers.

Cependant, la plupart des modèles communautaires complets négligent un détail important : le choix de marcher ne dépend pas seulement de la distance, mais aussi de la qualité du trajet. Les piétons doivent se sentir à l'aise et en sécurité, et les itinéraires piétonniers doivent être attrayants. La distance psychologique d'un trajet est influencée par l'expérience visuelle tout au long du parcours.

Au cours des 18 derniers mois, l'Institut urbain du Canada a mis au point une méthodologie visant à évaluer la qualité de l'espace public du point de vue des piétons. Cette approche utilise des images de Google Street View analysées par un modèle linguistique de grande envergure (OpenAI) afin d'évaluer les carrefours et les tronçons inter-carrefours selon divers critères. Des questions détaillées permettent d'évaluer des éléments tels que la qualité des trottoirs, l'aménagement des lieux, l'accessibilité et l'environnement bâti. Une explication plus détaillée est fournie à la fin du présent rapport.

Ce modèle a été appliqué à cinq zones d'étude. Les résultats sont présentés par ordre décroissant de praticabilité piétonne. Vous trouverez ci-dessous une carte interactive indiquant les scores de praticabilité piétonne pour chaque carrefour et chaque rue ; les utilisateurs peuvent cliquer sur n'importe quel point pour afficher une vue panoramique Street View ainsi que l'évaluation correspondante.

Quartier de la gare d'Arbutus

Vancouver

Le quartier de la station Arbutus, à Vancouver, est considéré comme le plus propice à la marche parmi les cinq quartiers étudiés. Il bénéficie d'un réseau routier dense et bien relié qui relie des axes principaux tels que West Broadway, la 4e Avenue, Arbutus Street et Burrard Street.

Les travaux de construction en cours au moment de l'analyse ont fait baisser les scores de praticabilité piétonne sur certaines portions de West Broadway. Toutefois, les tronçons non touchés ont obtenu d'excellents résultats, notamment en ce qui concerne l'échelle des bâtiments et les façades animées. D'autres artères principales affichent également de bons résultats et offrent une concentration élevée de services et d'équipements. Les rues résidentielles sont dotées de trottoirs de grande qualité et d'une canopée d'arbres matures qui procurent de l'ombre et un confort certain. Les infrastructures cyclables de la zone sont également de grande qualité, notamment la voie verte Arbutus, qui assure de bonnes liaisons avec le centre-ville de Vancouver.

Dans l'ensemble, le quartier de la station Arbutus bénéficie d'un aménagement urbain et d'un espace public qui favorisent fortement les modes de transport actifs. Ces atouts sont susceptibles d'attirer de nouveaux projets d'aménagement. Le principal défi consistera à veiller à ce que ces nouveaux aménagements améliorent, plutôt qu'ils ne nuisent, à l'environnement actuel pour les piétons et les cyclistes.

Implications politiques : La configuration urbaine actuelle et l'état du domaine public favorisent fortement la praticabilité piétonne et la densification. Les futurs aménagements devraient donner la priorité au maintien et à l'amélioration des conditions de circulation pour les piétons et les cyclistes afin d'éviter que les atouts actuels ne soient compromis.

Quartier de la gare McKernan–Belgravia

Edmonton

Le quartier de la station McKernan–Belgravia à Edmonton se caractérise par des ruelles résidentielles propices à la marche, mais son axe principal — la 114e rue NW — présente un espace public relativement peu aménagé et offre peu de destinations au-delà de la station de transport en commun.

Les rues des quartiers se caractérisent par des trottoirs de bonne qualité et des arbres matures qui offrent une ombre abondante. Les carrefours sont généralement équipés de passages piétons peints ou d'un revêtement distinctif (comme de la brique), et nombre d'entre eux ont récemment fait l'objet de travaux de rénovation comprenant des bordures améliorées et des aménagements favorisant l'accessibilité.

En revanche, la 114e rue NW est principalement conçue pour la circulation de transit, tant automobile que collective. Elle manque d'équipements et est en outre encombrée par le tracé du tramway qui longe son flanc ouest, ce qui limite les passages piétons et crée une barrière. Un tunnel piétonnier est disponible au niveau de la 76e avenue NW, mais les principales rues transversales au nord et au sud sont larges et peu accueillantes pour les piétons, comportant souvent plusieurs voies de circulation et des voies de raccordement.

Compte tenu de ces contraintes, la 114e rue NW a un potentiel limité pour devenir une artère principale très propice à la marche. En revanche, la 76e avenue NW offre davantage de possibilités. Elle compte déjà quelques commerces et services et dispose de parcelles susceptibles de permettre une densification. Contrairement à la 114e rue, elle sert de lien au sein du quartier plutôt que de le diviser.

Implications politiques : Des changements structurels importants sont nécessaires pour favoriser la praticabilité piétonne, notamment la mise en place d'un réseau routier plus dense, une meilleure orientation des bâtiments et des investissements substantiels dans l'espace public. Les futurs projets d'aménagement devraient privilégier dès le départ une conception axée sur les piétons.

Quartier de la gare de Northfield

Waterloo

Les environs de la gare de Northfield, à Waterloo, sont principalement constitués de zones d'activités, ce qui se traduit par de grands blocs urbains et un tissu urbain dispersé peu propice à la marche. La Conestoga Parkway constitue un obstacle majeur à la circulation piétonne est-ouest.

Bien que la plupart des rues soient dotées de trottoirs, la largeur des voies de circulation crée un environnement qui semble peu sûr pour les piétons, en particulier lorsqu'ils traversent. Les commerces sont concentrés dans des centres commerciaux linéaires axés sur la voiture et dans des grands magasins où prédominent les parkings en surface.

Dans certains cas, comme à l'angle de Weber Street et de Parkside Drive, les immeubles sont situés près de la rue, mais leurs entrées et leurs façades donnent sur les parkings, laissant ainsi des murs aveugles le long du trottoir. Les rues résidentielles sont sinueuses et ne disposent souvent pas de trottoirs des deux côtés, ce qui réduit la connectivité et la facilité de circulation piétonne.

L'un des atouts majeurs est une voie piétonne et cyclable dédiée qui longe le corridor ferroviaire et qui rejoint le marché historique de St. Jacobs, situé à environ 2 km au nord de la gare.

Si la croissance résidentielle s'accélère, il sera indispensable de mettre en place un réseau routier plus dense. Pour améliorer la qualité de vie des piétons, il faudra également que les nouveaux bâtiments s'ouvrent sur la rue grâce à des façades dynamiques, et que l'espace public fasse l'objet d'améliorations majeures. Les efforts d'urbanisme devraient, dès le départ, donner la priorité à l'expérience des piétons.

Implications politiques : Des changements structurels importants sont nécessaires pour favoriser la praticabilité piétonne, notamment la mise en place d'un réseau routier plus dense, une meilleure orientation des bâtiments et des investissements substantiels dans l'espace public. Les futurs projets d'aménagement devraient privilégier dès le départ une conception axée sur les piétons.

Quartier de la gare de Cooksville

Mississauga

Cooksville est actuellement desservie par une gare de train de banlieue sur la ligne Milton, et le tramway Hazel McCallion est en cours de construction (en mars 2026). Une future ligne de bus à haut niveau de service (BHNS) est également prévue le long de la rue Dundas, avec une correspondance vers la ligne 2 à la station Kipling.

À l'origine un village, Cooksville a été rattaché à la ville de Mississauga au cours du XXe siècle. À l'instar d'une grande partie de la ville, son aménagement a donné la priorité à la circulation automobile, souvent au détriment de la praticabilité piétonne.

Bien que Cooksville soit plus densément peuplé que de nombreux quartiers de Mississauga, son aménagement urbain reste largement axé sur la voiture. Les larges voies de circulation et les propriétés commerciales dominées par des parkings en surface nuisent au confort des piétons. Même si les commodités se concentrent autour du carrefour des rues Hurontario et Dundas, la ville reste peu praticable à pied.

Le quartier de la gare souffre d'un espace public de mauvaise qualité et est dominé par un grand parking de plus de 2 500 places. Les rues résidentielles sont sinueuses et offrent peu de liaisons avec les artères principales et les commodités.

Cependant, ces défis sont aussi synonymes d'opportunités. Les sites commerciaux à faible densité sont relativement faciles à réaménager, ce qui permet de concevoir de nouvelles rues et de nouveaux bâtiments adaptés aux piétons. Le plus grand défi consistera à transformer les rues Hurontario et Dundas en axes prioritaires pour les modes de transport actifs. C'est de cette transformation que dépendra le succès à long terme d'une communauté complète, piétonne et axée sur les transports en commun.

Implications politiques : Le réaménagement des terrains commerciaux sous-utilisés offre une occasion unique de réaménager le quartier. Toutefois, la création d’une communauté piétonne et axée sur les transports en commun dépendra de la transformation des grands axes routiers — en particulier les rues Hurontario et Dundas — afin de donner la priorité aux déplacements piétons et de réduire la prédominance de la voiture.

Quartier de Panama Station

Brossard

La station Panama, qui fait partie du réseau REM de la région de Montréal, est située sur le terre-plein central de l'autoroute 10, près d'un échangeur en trèfle avec le boulevard Taschereau — un environnement particulièrement hostile aux piétons.

Ce nœud routier divise de fait le secteur en quatre zones distinctes, chacune caractérisée par des activités commerciales de faible densité et de vastes parkings en surface. Au-delà de ces zones s'étendent des quartiers de banlieue classiques datant du milieu du XXe siècle.

L'accès à la gare à pied est difficile, quelle que soit la direction d'où l'on vient. Les grands axes routiers constituent des obstacles majeurs, et le réseau routier environnant complique encore davantage la circulation piétonne. Bien qu'un passage souterrain pour piétons et cyclistes permette d'accéder au côté sud de l'autoroute, il débouche sur une petite rue résidentielle par un itinéraire qui peut sembler isolé et peu sûr.

Au nord, la gare est reliée à un pôle d'échange de bus et à un parking pour les navetteurs, avec des rues principalement destinées à la circulation automobile. Les itinéraires en provenance des quartiers résidentiels de l'est sont détournés et nécessitent de traverser de larges routes à grande vitesse.

L'espace public dans les quartiers résidentiels environnants est également limité. Les trottoirs font souvent défaut dans les rues secondaires, et les passages piétons sont incomplets à certains carrefours. Le tracé irrégulier du réseau routier oblige les habitants à effectuer des trajets plus longs et moins directs pour se rendre aux commodités de proximité.

Bien qu'il existe des projets ambitieux visant à densifier le quartier, d'importants défis structurels doivent être relevés pour créer une communauté véritablement accessible à pied et complète.

Implications politiques : Pour créer une communauté complète et accessible à pied, il faudra s'attaquer aux obstacles fondamentaux, notamment l'infrastructure routière, la conception du réseau routier et les lacunes en matière d'infrastructures piétonnes. Bien qu'il existe un potentiel de réaménagement, des interventions importantes seront nécessaires pour surmonter les contraintes structurelles existantes.

Méthodologie

Méthodologie

L'analyse de l'espace public s'appuie sur les API de Google Maps et d'OpenAI pour évaluer quantitativement la praticabilité piétonne d'un point de vue centré sur les piétons. Des images sont échantillonnées à intervalles de 500 m sur le réseau routier entourant la zone d'une station de transport en commun. À chaque coordonnée, des images sont capturées à intervalles de 60 degrés afin de saisir l'ensemble du paysage à 360 degrés à cette coordonnée.

Chaque image est ensuite transmise individuellement au modèle GPT-4o via l'API OpenAI. Le modèle de vision multimodale est alimenté par une instruction lui demandant d'analyser les photos selon 22 critères distincts et de générer un ensemble de données reflétant cette analyse. Le score attribué à chaque critère est accompagné d'une brève justification, ce qui permet une analyse détaillée à grande échelle. L'ensemble de données est organisé comme suit :

Répartition des points

Une fois chaque image notée, les six ensembles de données correspondant à chaque angle sont regroupés pour former un score au niveau des coordonnées. Cette opération est effectuée pour chaque coordonnée relevée sur le réseau routier jusqu’à ce qu’un ensemble de scores couvrant l’ensemble de la zone autour d’une station de transport en commun soit obtenu. Enfin, les données sont colorées à l'aide d'une interpolation par dégradé afin de montrer comment la praticabilité piétonne est susceptible d'évoluer entre les différents points, ce qui permet d'obtenir une visualisation modélisée quantitativement de la praticabilité piétonne qualitative dans une zone donnée.