LES ARGUMENTS EN FAVEUR DE

COMMUNAUTÉS INTÉGRALES AXÉES SUR LES TRANSPORTS EN COMMUN

Avec une population en forte croissance, les plus grandes régions métropolitaines du Canada sont confrontées à un besoin urgent de logements. Comment le développement axé sur les transports en commun peut-il créer des communautés à part entière qui répondent à ce besoin ?

PRINCIPALES CONCLUSIONS

Investissements dans les transports en commun

sont essentielles au maintien de la croissance dans les plus grandes régions urbaines du Canada.

Les communautés ne sont complètes que

s'ils sont accessibles à pied.

Tous les projets de transport en commun

générer le même rendement.

La croissance des plus grandes villes du Canada, suite ?

Les plus grandes régions métropolitaines du Canada (Toronto, Montréal, Vancouver, Calgary, Edmonton et Ottawa) représentent xx % de la population canadienne.
Ces régions connaissent également une croissance plus rapide, avec en moyenne xx ménages supplémentaires chaque année entre 2001 et 2025. Cette situation s'explique principalement par la croissance de l'emploi et l'immigration. À bien des égards, la crise du logement au Canada est la plus grave dans les grandes villes.  Les politiques fédérales, provinciales et municipales doivent tenir compte des différences structurelles entre les localités lors de l’élaboration des politiques et des investissements dans les infrastructures. La mise en place de réseaux de transport en commun de haut niveau est l’une des mesures les plus efficaces prises par les gouvernements pour remédier directement à la pénurie de logements dans les plus grandes villes du Canada. Les investissements dans les transports en commun vont bien au-delà du simple transport, ce sont des investissements fondamentaux pour le développement urbain.

L'économie urbaine du Canada

La croissance de l'emploi a été l'un des principaux moteurs de la croissance démographique dans les régions urbaines du Canada. Les six régions de transport en commun ont créé 2,6 millions d'emplois depuis 2011, ce qui représente deux nouveaux emplois nets sur trois dans le pays. Cela va à l'encontre de l'idée reçue selon laquelle le moteur économique du Canada serait le secteur des ressources naturelles. Si la production de biens (c'est-à-dire l'agriculture, les ressources naturelles et l'industrie manufacturière) représente une part bien plus importante des exportations, elle génère en revanche beaucoup moins d'emplois directs. Au cours des 50 dernières années, la création d'emplois dans les secteurs de production de biens est restée globalement stable, avec seulement 900 000 postes créés. Cela contraste fortement avec les secteurs de services, qui ont créé plus de 10 millions d'emplois au cours de la même période. Les industries de services dépendent principalement non seulement des personnes, mais aussi des relations entre elles. Malgré les progrès des technologies de communication numériques, le fait d’opérer à proximité physique offre toujours des avantages significatifs. Le point essentiel est que la croissance de l’emploi dans le secteur des services est concentrée dans les plus grandes zones urbaines, et plus précisément encore, dans les centres-villes des grandes agglomérations.

Villes-passerelles

L'autre principal facteur de croissance démographique est l'immigration. Les six plus grandes régions urbaines accueillent les trois quarts de l'ensemble des immigrants au Canada. Si les gens sont généralement attirés par les opportunités économiques, les nouveaux arrivants recherchent également des communautés qui leur offrent un soutien social et culturel. Au cours des dernières décennies, on a assisté à un cercle vertueux : la création d'emplois a attiré davantage de personnes, ce qui a à son tour favorisé la création d'emplois, ce qui a conduit les plus grandes villes canadiennes à croître à un rythme plus rapide que le reste du pays.

Les besoins en logements dans les plus grandes régions urbaines du Canada

Pour répondre aux besoins d’une population en croissance, la Société canadienne d’hypothèques et de logement prévoit que le Canada devra presque doubler sa production annuelle de logements pour atteindre 480 000 nouvelles habitations par an au cours de la prochaine décennie, afin de rendre le logement abordable pour les Canadiens. C’est dans les plus grandes villes et régions du Canada que ce besoin se fait le plus sentir. Par exemple, pour atteindre ces objectifs nationaux, Toronto doit augmenter ses mises en chantier annuelles de 71 %, Montréal de plus de 200 %, Calgary de 45 % et Ottawa/Gatineau de 155 %. Au total, un peu plus de 50 % des logements requis se trouvent dans les six plus grandes régions métropolitaines du Canada. La SCHL prévoit que la demande de logements et les prix de l’immobilier continueront d’augmenter à un rythme plus soutenu dans ces régions dans un avenir prévisible.

La nécessité de mettre en place des réseaux de transport en commun de niveau supérieur dans les plus grandes régions urbaines du Canada

Les investissements dans les transports en commun sont essentiels pour soutenir la croissance dans les grandes agglomérations. À mesure que la demande foncière augmente, la valeur des terrains s’accroît, ce qui exerce une pression à la hausse sur les coûts. Dans ce contexte, les projets immobiliers peuvent rapidement devenir non viables. Construire à des densités plus élevées peut aider à surmonter cet obstacle, mais à mesure que les grandes villes se développent de cette manière, il devient plus difficile de s’y déplacer. Les difficultés de circulation réduisent à la fois l’avantage économique des villes et la qualité de vie. La Chambre de commerce de la région de Toronto estime que la congestion dans la région du Grand Toronto et de Hamilton coûte 44 milliards de dollars par an à l'économie. Les investissements dans les infrastructures de transport en commun constituent la solution la plus efficace à ces problèmes. Ils améliorent la mobilité et la qualité de vie, ce qui se reflète dans la valeur des terrains, ce qui attire à son tour davantage d'investissements du secteur privé dans la construction de logements. S'il devient trop difficile de se déplacer dans les villes, les gens ont tendance à commencer à les quitter.

Six régions disposent d'infrastructures de transport en commun de niveau supérieur, et une septième est en cours de planification (Québec).

Ces six régions comptent 12 lignes de tramway, 10 lignes de métro et 14 lignes de train de banlieue. Quatre lignes de tramway sont en cours de construction et quatre autres sont à l'étude. Une ligne de métro est en cours de construction, et divers travaux d'extension et de modernisation sont prévus pour le réseau ferroviaire de banlieue.

Au total, on compte 465 gares de transport en commun de niveau supérieur, auxquelles s'ajoutent 298 autres en cours de construction ou en phase de planification. 5,87 millions de personnes vivent actuellement à moins de 800 mètres d'une gare de transport en commun de niveau supérieur.

Optimiser l'impact des investissements dans les transports en commun sur la construction de logements neufs

Cependant, tous les projets de transport en commun n'ont pas le même impact sur la construction résidentielle. La demande du marché pour les aménagements axés sur les transports en commun varie d'une ville à l'autre, d'une ligne à l'autre au sein d'une même ville, voire d'une station à l'autre sur l'ensemble des lignes. Chaque emplacement possède des caractéristiques uniques qui le rendent plus ou moins attrayant pour les futurs résidents. La demande relative par rapport à l'offre foncière joue également un rôle important : dans les municipalités centrales des trois plus grandes régions urbaines (Toronto, Montréal, Vancouver), la plupart des nouvelles constructions résidentielles se situent à proximité des principales stations de transport en commun, tandis que dans les trois régions suivantes (Calgary, Edmonton, Ottawa), la construction reste plus importante en dehors des zones desservies par les stations de transport en commun.
Les deux lignes de métro léger récemment mises en service à Toronto (les lignes 5 et 6) illustrent bien les trajectoires divergentes de la construction de logements au sein d'un même contexte municipal : 140 844 nouveaux logements sont actuellement en construction ou prévus le long du corridor de la ligne 5, contre 23 430 logements en projet pour la ligne 6.
La ligne 5 illustre également les disparités en matière de construction de logements sur son tracé : certaines stations ne connaissent qu'une activité modérée dans ce domaine, tandis qu'une poignée d'entre elles voient chacune plus de 25 000 logements prévus à moins de 800 mètres.

Les forces du marché et les politiques d'aménagement du territoire

Les forces du marché ne sont pas le seul facteur qui détermine ce qui se construit et où. Afin d'optimiser le retour sur investissement des projets de transport en commun de grande envergure dans le secteur de la construction résidentielle, les provinces et les municipalités peuvent collaborer pour harmoniser leurs réglementations en matière d'urbanisme. Lorsqu'il apporte une contribution financière à des projets d'infrastructure de transport en commun, le gouvernement fédéral peut également assortir ce financement de conditions afin que les politiques d'urbanisme soutiennent l'investissement en encourageant la construction de logements à proximité.

Dans certains cas, les politiques autorisant des densités plus élevées peuvent ne pas suffire à stimuler de manière significative la construction de logements. À Calgary, Edmonton et Ottawa, le développement urbain continue de se concentrer davantage en dehors des zones desservies par les transports en commun qu’à l’intérieur de celles-ci. Ce phénomène se produit en grande partie dans des zones vierges, car les terrains y sont encore relativement abondants et les problèmes de congestion routière n’ont pas encore atteint les niveaux critiques observés dans les plus grandes régions urbaines. Cependant, les aménagements en zone vierge axés sur la voiture ont souvent pour effet de saper le soutien aux investissements dans les transports en commun, ce qui rend plus difficile pour les villes de faire valoir que les transports en commun constituent le fondement de la manière dont la ville se développe et des zones où elle s’étend.

Il existe plusieurs mesures possibles pour favoriser le développement autour des stations de transport en commun. L'une d'entre elles consisterait à renforcer les restrictions d'aménagement du territoire dans les zones non encore urbanisées. Par ailleurs, les provinces et les municipalités peuvent mettre en place des mesures incitatives pour encourager la construction à proximité des transports en commun, notamment en réduisant les redevances municipales, y compris les frais d'aménagement. Une troisième option consiste à investir davantage dans la création d'équipements au sein des zones autour des stations de transport en commun afin de les rendre plus attrayantes pour les futurs résidents, et ainsi créer des aménagements axés sur les transports en commun.

Communautés complètes axées sur les transports en commun

Le choix du lieu de résidence repose sur plusieurs facteurs, notamment la proximité du lieu de travail, des transports en commun et le prix du logement, mais aussi sur ce qui rend un quartier accueillant et dynamique, comme l’accès à de bonnes écoles, à des parcs et des espaces verts, ainsi qu’aux commerces et restaurants de proximité. Pour réussir dans ce domaine, les aménagements axés sur les transports en commun nécessitent un large éventail d’infrastructures supplémentaires. Le concept de « communautés complètes » repose sur l’idée que les gens devraient pouvoir accéder à tout ce dont ils ont besoin dans leur vie quotidienne à quelques minutes à pied de chez eux. Les épiceries, les écoles et les cabinets médicaux sont des exemples d’éléments essentiels des communautés complètes. Concentrer les infrastructures civiques et les commerces de proximité à proximité des stations améliorera l’accessibilité et l’efficacité tant pour les prestataires que pour les utilisateurs de ces services. Pour que les communautés axées sur les transports en commun soient viables à long terme, il est nécessaire de bien cerner les besoins futurs des communautés. Intégrer la planification des services de quartier à celle des nouvelles infrastructures de transport en commun de niveau supérieur devrait conduire à de meilleurs résultats globaux.

Une communauté n'est véritablement complète que si elle est accessible à pied

Les communautés complètes peuvent offrir aux habitants des solutions locales pour répondre à leurs besoins quotidiens fondamentaux, mais la mesure dans laquelle les habitants optent pour ces solutions locales dépend en grande partie de l'accessibilité piétonne de la communauté. Il est important de créer des pôles denses d'équipements, y compris des stations de transport en commun, mais la qualité de l'espace public qui les relie entre eux et les relie aux lieux de vie des habitants est un élément essentiel d'une communauté complète véritablement fonctionnelle.

Les rues principales animées constituent un pilier des quartiers propices à la marche. Il est essentiel que le trajet à pied vers la rue principale et la station de transport en commun soit sûr, agréable et accessible aux personnes à mobilité réduite. Bon nombre des investissements récents dans les réseaux de transport en commun de niveau supérieur au Canada s’étendent au-delà des centres-villes, dans des zones de banlieue initialement conçues pour favoriser la circulation automobile. C’est dans ces zones que la praticabilité piétonne est le plus souvent au plus bas. À mesure que de nouvelles stations de transport en commun sont mises en service et que de nouveaux aménagements suivent, ces quartiers deviennent plus denses, mais ils risquent de ne pas devenir véritablement urbains si l'espace public est hostile aux modes de transport actifs. La planification de la réaménagement de l'espace public pour l'adapter à l'augmentation du nombre de résidents et des équipements sera l'un des défis les plus difficiles, mais aussi les plus importants, liés aux aménagements axés sur les transports en commun.

Tirer parti des avantages des communautés complètes axées sur les transports en commun

Lorsque les habitants disposent de nombreux équipements dans leur quartier et que ceux-ci sont accessibles par des modes de transport actifs, ils en tirent de meilleurs bénéfices. Des environnements denses, propices à la marche et riches en équipements peuvent améliorer la santé physique et mentale des résidents, renforcer les liens sociaux et l’esprit communautaire, et créer une masse critique qui soutient les commerces indépendants des centres-villes. Les communautés axées sur les transports en commun améliorent l'accès aux opportunités d'emploi, améliorent la qualité de l'air, réduisent l'intensité carbone globale et peuvent être plus viables financièrement pour les collectivités locales. Lorsque l'on additionne tous ces avantages, les arguments en faveur de communautés complètes axées sur les transports en commun sont indéniablement solides. Outre les gains en matière de transport, une analyse minutieuse et réfléchie des améliorations en matière de logement, d'économie, de santé et de finances résultant de nouveaux investissements dans les transports en commun de haut niveau devrait permettre à davantage de projets d'obtenir une note suffisante.

Accessibilité financière et déplacement

Les nouveaux projets d’infrastructures de transport en commun de grande envergure n’ont pas tous des répercussions positives. Les nouvelles lignes de tramway, de métro et de train de banlieue entraînent des changements importants pour les communautés existantes. La valeur des biens immobiliers augmente généralement, les terrains sont souvent réaffectés à d’autres usages et de nouveaux bâtiments sont construits à la place des anciens. Lorsque cela se produit, les habitants et les commerces peuvent être contraints de partir. Ceux qui subissent ces déplacements sont le plus souvent les plus vulnérables. Il ne s'agit pas seulement de retirer des personnes d'un quartier, mais surtout de mettre à rude épreuve, voire de rompre, les relations entre les gens et leur attachement à un lieu. Les relations sont le fondement de la communauté, et la communauté est le fondement de la résilience locale. Le développement axé sur les transports en commun doit être inclusif. Les politiques et les modèles de développement devraient limiter et atténuer les effets des déplacements, tout en offrant des possibilités abordables aux résidents de tous les niveaux de revenus.

Construire dès le départ des quartiers axés sur les transports en commun

Les infrastructures de transport en commun de haut niveau ne se contentent pas de transporter les gens d’un point A à un point B. Elles constituent le fondement même du développement urbain. Là où les investissements dans les transports en commun sont réalisés, les investissements privés ont tendance à suivre. Au fil du temps, ces investissements s’accumulent pour créer les environnements urbains les plus denses du pays et sont essentiels aux économies régionales. Alors que les lignes de transport en commun relient les villes entre elles, chaque zone autour d’une station forme à elle seule une communauté de quartier. Lors de la planification et de la construction de nouvelles infrastructures de transport, une approche communautaire globale pour chaque arrêt devrait permettre de créer davantage de logements et d'améliorer la qualité de vie. Les nouvelles infrastructures de transport de haut niveau coûtent des milliards de dollars. Il s'agit d'un travail complexe qui nécessite une grande expertise et une coordination importante. Ce qu’il ne faut pas négliger dans ce processus, ce sont les opinions du public. Dans quel type de communautés les gens souhaitent-ils vivre ? Quels types d’équipements sont les plus importants à leurs yeux ? Où souhaitent-ils s’installer ? Il faut déployer de réels efforts pour poser ces questions afin que les projets d’infrastructure répondent en fin de compte aux attentes et aux souhaits de la population. Si nous parvenons à faire évoluer notre réflexion de la planification des transports vers la construction de la ville, puis vers la construction de la communauté, les futurs résidents devraient être bien servis.